
Le Grand Cormoran en Corrèze, une menace pour la protection des poissons sur le département
Le cormoran étant une espèce protégée, sa régulation nécessite une autorisation préfectorale. A partir de 2017, une quinzaine d’arrêtés préfectoraux a été attaquée en France ce qui a provoqué la suspension des quotas attribués pour la régulation en 2022 en Corrèze.
Suite à une décision du conseil d’Etat, l’Etat a dû alors refondre complètement son arrêté cadre pour se mettre en conformité. Un nouvel arrêté cadre a été pris par le Ministère de la transition écologique le 24 février 2025 fixant les conditions et limites dans lesquelles des dérogations aux interdictions de perturbation intentionnelle et de destruction peuvent être accordées par les préfets concernant les grands cormorans. Votre fédération et vos AAPPMA ont bien évidemment déposé une nouvelle demande de dérogation auprès du Préfet de la Corrèze pour l’hiver 2025-2026 mais nous attendons sa réponse. Nous faisons le point sur ce dossier sensible.
Les collectivités piscicoles œuvrent depuis de nombreuses années à la restauration et à la préservation des populations de poissons. À travers la mise en œuvre de leur Plan Départemental pour la Protection du milieu aquatique et la Gestion des ressources piscicoles (PDPG), elles conduisent un ensemble d’actions visant à améliorer l’état écologique des milieux aquatiques et à favoriser la reconquête de la biodiversité.
Ces actions se traduisent notamment par :
- la réhabilitation des habitats aquatiques dégradés (restauration de frayères, diversification des écoulements, la mise en défens, …) ;
- la reconquête de la continuité écologique, via la suppression ou l’aménagement d’ouvrages transversaux ;
- le soutien ou le renforcement de certaines populations fragilisées, qu’il s’agisse d’espèces patrimoniales ou d’intérêt halieutique ;
- la sensibilisation des usagers à la protection des milieux aquatiques.

Malgré ces efforts considérables, les résultats restent fragiles et nécessitent un équilibre écologique délicat. Or, la présence croissante du Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo) sur les cours d’eau et plans d’eau du département (voir graphique) constitue aujourd’hui une pression supplémentaire non négligeable.
Le Grand Cormoran, espèce piscivore très efficace, exerce une prédation importante sur de nombreuses espèces de poissons, notamment sur les juvéniles et les individus affaiblis. Cette pression s’ajoute aux multiples contraintes déjà subies par les peuplements piscicoles : dégradation des habitats, obstacles à la migration, fluctuations hydrologiques, réchauffement des eaux ou encore pollutions diffuses.
Avec l’arrêt des quotas de régulation attribués aux collectivités piscicoles, cela s’est traduit par une reprise de la dynamique locale de l’espèce dont les effectifs comptés ont augmenté de 300 % depuis 2018, alors même qu’ils avaient diminués de 64 % sur la période 2005-2018.
Sur certains secteurs, cette prédation compromet directement les actions de restauration menées depuis plusieurs années. Les efforts consentis pour reconstituer des populations naturelles, souvent à grand renfort de moyens humains, techniques et financiers, se trouvent ainsi fragilisés, voire anéantis localement.
Les bénévoles et les pêcheurs, particulièrement investis dans la gestion et la restauration des milieux aquatiques, se trouvent aujourd’hui désemparés face au développement et à l’impact du Grand Cormoran. Malgré leur engagement constant, ils constatent que les résultats positifs obtenus grâce à la restauration des habitats ou aux efforts de repeuplement sont remis en cause par une prédation accrue.
Ce constat engendre une forte frustration et un sentiment d’impuissance au sein du réseau associatif et des collectivités locales. Il traduit également la nécessité d’une gestion équilibrée de la faune piscivore, fondée sur l’observation scientifique, la concertation et, lorsque cela s’avère indispensable, la mise en œuvre de mesures de régulation encadrées.
Ces mesures équilibrées et demandées par les pêcheurs ont conduit à une augmentation progressive du quota de régulation à mettre en perspective avec la dynamique de l’espèce. En parallèle, des mesures palliatives ont été mises en œuvre pour protéger les populations piscicoles de cette prédation : création de caches immergées, cages de protection etc. Ces mesures se sont avérées efficaces mais ne peuvent être globalement étendues sur le département.
Le nouvel arrêté ministériel impose de nouveaux critères aux Préfets pour accorder les tirs. L’impact doit être avéré et démontré et pas seulement énoncé ou craint. La Fédération a refusé le principe de faire les contenus stomacaux considérant que c’était à ceux qui considéraient que le cormoran n’était pas problématique de le démontrer et pas aux pêcheurs qui en subissaient les conséquences. Nous avons donc argumenté auprès du Préfet sur la base de la totalité de nos pêches électriques, de la localisation des dortoirs issus de nos observations de terrain, de l’état du peuplement piscicole et notamment de certaines espèces en très mauvais état. Nous avons aussi rappelé au Préfet l’importance sociale, économique et sociétale de la pêche, 1er sport loisir du département.
Ces opérations auraient pour objectifs :
- De réduire la pression de prédation sur les espèces prioritaires définies par l’arrêté du 24 février 2025,
- De préserver les résultats des actions de repeuplement et de restauration
- Et de maintenir l’équilibre écologique des milieux aquatiques concernés.

Nous sommes dans l’attente de la réponse du Préfet de la Corrèze que nous ne manquerons pas de vous communiquer évidemment. Nous connaissons vos attentes. Nous avons les mêmes et nous nous en faisons le relais, n’en doutez pas.
