Etat des cours d’eau et du peuplement piscicole au 30 juillet 2020

Nous sommes actuellement en plein campagne de pêche électrique. Nous avons déjà prospecté plus de trente stations quasiment exclusivement en Haute Corrèze. Voici nos premières observations :

  • Nous sommes à l’étiage avec semble-t-il un étiage plus prononcé sur la tête de la Vézère, de la Corrèze et la Luzège qui n’ont pas profité des derniers orages. La Vienne, la Diège, la Triouzoune et la Dozanne semblent moins souffrir au niveau des débits.
  • Au niveau des températures, plusieurs relevés ont été réalisés sur la Haute Corrèze, nous observons actuellement des températures extrêmement fraîches pour la saison sur les cours d’eau non perturbés thermiquement. Entre 13 et 17°C en moyenne (mini : 12°C, max : 19,6°C), ce qui est faible pour la saison, je dirais entre 2 et 3°C en dessous des normales (sans doute causé par le coup de froid de juin et les nuits fraîches). Ceci tend à nous faire dire que pour l’instant, ces conditions ne sont pas du tout perturbantes pour la vie aquatique. Il n’en est pas de même sur les bassins touchés par les étangs ou nous dépassons déjà les 19 °C (exemple du ruisseau de Marcy au moulin de Chabannes, de la Vézère à Saint-Merd, de l’Auvézère à Montville etc.).
  • Au niveau du peuplement piscicole. Pour le moment, nous observons une bonne à très bonne reproduction pour la truite commune ainsi que de bonnes densités de populations pour les autres espèces. Comme toujours, c’est très hétérogène en fonction de l’état de perturbation des bassins versant, mais c’est la tendance globale observée. Après deux reproductions quasiment entièrement inefficaces en 2017 et 2018 (hydrologie printanière élevée au moment de l’émergence) et une moyenne en 2019, voilà une bonne nouvelle. De plus, l’émergence des truitelles a été très précoce et a eu lieu avant les coups d’eau printaniers. Les truitelles de l’année sont déjà d’une taille très élevée pour la période (environ +1,5 cm de moyenne) ce qui les rend plus mobiles pour migrer lors d’un épisode d’assec. Les cours d’eau de Haute Corrèze (tout au moins ceux connectifs depuis l’aval), dans leur grande majorité, ont tout à fait bien traversé l’épisode de sécheresse estivale de l’an passé (malgré des températures en 2019, dépassant allégrement les 20-21 °C par endroits). Le coup de froid du mois de juin a stoppé la reproduction du vairon qui est en cours actuellement sur de nombreux cours d’eau. Les reproductions de chabot, loche franche et lamproie de Planer ont été efficaces. Grâce à HCC, nous avons prospecté plusieurs têtes de bassin versant à proximité des sources, les conditions hydrologiques automnales semblent avoir permis la migration très en amont des géniteurs (quand ils le peuvent évidemment), ce qui a permis une recolonisation certaines de ces têtes de bassin. Nous avons même constaté une population d’écrevisses à pattes blanches bien structurée sur un affluent de la Diège sur une toute petite tête de bassin.
  • Reste le cas des têtes de bassin isolées depuis l’aval qui ont été asséchées. Nous avons pêché hier le ruisseau de Marcillac à Marcillac (ruisseau isolé par la retenue de Marcillac à l’aval), où nous avions un état initial avant sécheresse (2016) et où le cours d’eau a connu un assec et de vastes mortalités piscicoles en août dernier. Ce cours d’eau est en gestion patrimoniale depuis plusieurs années. Voici le résultat. Nous avons retrouvé les mêmes espèces qu’en 2016 (truite, vairon, loche franche), avec l’apparition de quelques écrevisses de Californie cependant. Comme attendu, la population de truite s’est effondrée (de 3460 truites/hectare en 2016 à 190 truites/hectare cette année avec la disparition des géniteurs et l’absence totale de reproduction), tandis que celle de vairon a explosé (de 4400 individus/hectare à 56380 individus/hectare). La population de loche franche est en légère baisse (2500 individus/hectare à 1320 individus/hectare). Cette station est dans notre réseau, on pourra suivre l’évolution de ce cours d’eau, mais on voit bien que ces têtes de bassin isolées par l’aval et vivant en autarcie sont beaucoup plus sensibles aux évènements que les autres cours d’eau. Cependant, malgré l’assec très prononcé et les fortes mortalités, le peuplement piscicole a su résister.
  • Pour les grandes retenues, malgré les faibles débits entrants, les conditions de température froides du mois de juin ont retardé la stratification et la désoxygénation des couches d’eau profondes des retenues. La désoxygénation complète des fonds devrait avoir lieu en ce moment avec ces fortes chaleurs et les premiers blooms de cyanobactéries en conséquence. Les premières boues rouges dans les restitutions de débit réservé ont été observées à Chammet, sur la Diège. Nous ne sommes pas passés sur les autres sites sensibles (Triouzoune), mais Sylvain (Com com Ventadour) et Olivier (Tulle Agllo) m’ont signalé ce phénomène sur Marcillac.
  • Nous n’avons aucune observation sur nos étangs par contre.

Voilà pour notre retour d’expérience sur la Haute Corrèze qui apportera j’espère un éclairage complémentaire sur les seules mesures de débit visuelles.

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